Son origine traumatique fut déjà entrevue
par Ambroise Paré: " La cause vient pour avoir porté des
souliers trop étroits."
Les auteurs modernes
confirment ces conceptions; la kératose résulte d'une pression
appliquée sur une surface réduite. Les lésions proviennent
de micro- traumatismes répétés dans les chaussures.
Toute intervention cutanée ne détruisant pas la cause
mécanique initiale sera infailliblement vouée à
l'échec.
MECANISME D'APPARITION
Lelièvre fait évoluer les lésions selon trois phases.
Le stade d'hyperkératose
Coincée entre l'os et la chaussure, sur
un orteil déformé (griffe ou marteau), la peau forme une
kératose sèche, translucide.
Le stade d'hygroma
L'irritation et les frottements vont entraîner
la formation d'une bourse séreuse sous-jacente le cor semble
blanchâtre, mou, macéré. Parfois, et très vite
chez le diabétique en raison du terrain "neuro-artériel", il
se forme un pertuis central avec écoulement purulent, pas toujours
sensible chez ces patients.
Cor infecté "en
bouton de chemise"
La réaction des surfaces osseuses
Suite à l'hyperpression, l'orteil se fixe, la griffe devient
"mal-réductible" puis "irréductible".
VARIETES ANATOMIQUES
Le cor dorsal, le plus fréquent, il
siège au sommet de l'articulation inter-phalangienne proximale ou
distale sur un orteil replié.
Le cor pulpaire, il survient souvent sur un
orteil plus long que les autres.
Le cor "interdigital", ou "oeil de
perdrix".
Le cor sous- ou péri-unguéal,
à ne pas confondre avec une exostose sous-unguéale. |
Ces hyperkératoses se rencontrent sur les orteils longs, repliés
en griffe ou en marteau.
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ORTEIL EN GRIFFE, ORTEIL EN MARTEAU
Normalement, l'orteil est équilibré au niveau de l'arche
antérieure, sur sa face dorsale par l'extenseur qui agit sur la
première phalange; sur sa face plantaire, par les fléchisseurs
qui agissent surtout sur les deux phalanges distales; les muscles interosseux
et lombricaux ont une action stabilisatrice latérale.
ORTEIL EN GRIFFE: LES 3 SORTES DE
GRIFFES
Griffe proximale
C'est la plus fréquente, première
phalange en extension, deuxième et troisième phalanges
en flexion, un cor existe au niveau de l'angulation de
l'interphalangienne proximale. L'orteil en "col de cygne" est une
variété de cette griffe, elle est congénitale (son
traitement est chirurgical).
Griffe distale ou orteil en marteau
L'angulation et le cor siègent
au niveau de l'articulation interphalangienne
distale.
La griffe est totale
L'orteil est coudé au niveau de
ses deux articulations. Avec les frottements et les compressions
répétées, ces déformations souples deviennent
"mal" réductibles puis fixées. |
LES MOTIFS DE CONSULTATION
Les kératoses ou cors provoquent d'abord une gêne dans la chaussure,
puis une douleur dorsale ou pulpaire et une rougeur sensible en
périphérie de la kératose.
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Au maximum, une infection se produit, avec cor macéré,
blanchâtre, petit orifice central et écoulement purulent.
Parfois, ces signes sont masqués par la neuropathie et l'orteil est
insensible.
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TRAITEMENT DE LA PHASE AIGUE
L'hyperkératose doit être enlevée et scalpée au
bistouri très doucement, pour soulager et observer l'état
cutané sous-jacent. Parfois la lésion est macérée,
blanchâtre, il faut alors disséquer la lésion au ras
du tissu sain.
Ailleurs, on découvre un pertuis central; après avoir gratté
la couche périphérique révélant un abcès
en "bouton de chemise" pas toujours sensible chez les diabétiques.
Il peut exister un pertuis profond avec contact osseux. Ici aussi il faut
disséquer les tissus macérés et mécher l'orifice
avec irrigation d'antibiotiques (les mèches diffusant profondément
et empêchant l'orifice de se refermer trop vite).
Dans ces deux demiers cas, une antibiothérapie par voie
générale sera instituée jusqu'à la cicatrisation.
Toute lésion enfractueuse doit cicatriser " par le fond ". Il ne faut
pas traiter que la partie superficielle.
Le rôle du podologue est de traiter, d'évi-ter toute récidive
et de trouver la cause du cor qui peut survenir sur une déformation
souple, mal réductible, fixée.
Pour la cicatrisation, il ne faut pas hésiter à " trouer "
la chaussure.
TRAITEMENT DES RECIDIVES
Lorsque la déformation est réductible: on peut réaliser
soit une orthèse courte (semelles orthopédiques) rehaussant
la palette métatarsienne, donc redressant les déformations
d'orteils, soit une orthèse d'orteil (orthoplastie en
élastomère de silicone) agissant localement pour redresser
ou englober l'orteil. Les chaussures seront souples, larges, les talons parfois
diminués. Une surveillance par un pédicure informé,
en alternance avec le médecin, devrait éviter les récidives.
Si la déformation est fixée ou si le cor récidive et
qu'il s'infecte malgré la surveillance, le traitement sera chirurgical,
en milieu spécialisé, après vérification de la
perméabilité artérielle et les précautions de
rigueur (éviter les garrots, les fils non résorbables,
équilibrer le diabète). Ce traitement consiste en une arthroplastie
interphalangienne avec plastie cutanée et capsulotomie, chirurgie
qui raccourcira et redressera l'orteil déformé.
Orteil en griffe irréductible:
traitement chirurgical par arthroplastie
interphalangienne. |
Il faut maintenir 4 jours de décharge totale du pied. Les fils seront
laissés 15 jours. La reprise de l'activité se fera au bout
de 3 semaines. |